Si j’étais Pierre Karl, voici ce que j’aurais écrit

Pierre Kark Péladeau a publié dans Le Devoir du 31 mars une opinion intutilée « Le courage du CRTC« . En appui à Richard Martineau, qui accusait Radio-Canada de se plaindre le ventre plein (voir mon billet précédent), PKP salue le courage dont le CRTC a fait preuve en prenant soin d’exclure le radiodiffuseur public de sa décision sur la valeur des signaux de télévision.

Si l’objectif de ce papier était de renforcer la stratégie de Quebecor qui consiste à présenter Radio-Canada comme un service public qui a perdu son âme et détourne les fonds publics, je ne trouve pas les arguments présentés très convaincants.  Le lecteur – que j’imagine relativement averti – du Devoir devrait être en mesure de démonter cet argumentaire très rapidement.

Plutôt que de parler des cinq sources de financement nécessaires à CBC/Radio-Canada pour disposer d’un budget global d’exploitation de 1,7 milliard de dollars,  j’aurais dénoncé le fait que ses gestionnaires s’épivardent dans toutes sortes d’entreprises absolument non rentables (bonjour le gaspillage de fonds publics!) comme  des stations de télévision et de radio en français dans des régions où les francophones sont en très faible proportion, des réseaux de radio sans publicité ou encore des services de radio et de télévision en langues autochtones. Ce n’est pas Quebecor qui irait engager ne serait-ce qu’une parcelle de ses 3 milliards de revenus annuels dans de pareilles entreprises!

Rappeler que « l’avenir et la mission des télévisions publiques font l’objet d’interrogations dans la plupart des pays industrialisés » et que « à juste titre, plusieurs États imposent un cahier de charge à leurs diffuseurs publics afin de satisfaire les besoins des citoyens qui s’attendent de la part du télédiffuseur public à une orientation différente de celle des diffuseurs privés. » n’est pas très convaincant non plus. Ça ouvre grand la porte au contre-argument: oui, mais ces diffuseurs ont les moyens de leurs missions, ce que Hubert Lacroix a fait allègrement dans un communiqué publié aujourd’hui:

On nous fait souvent valoir que nous recevons 1,1 milliard de dollars de financement public et que cela devrait suffire. Le fait est que, grâce à ce milliard, nous exploitons 28 services et diffusons dans les deux langues officielles et en huit langues autochtones, sur six fuseaux horaires. La BBC reçoit un financement public de 7,5 milliards de dollars par an, France Télévisions et Radio France touchent conjointement 4 milliards de dollars, l’Allemagne, 10,7 milliards, et PBS et NPR aux États-Unis sont financées par des sources gouvernementales à hauteur de 1,2 milliard de dollars (étude Nordicité, chiffres de l’exercice 2007).

Non, pour ma part j’aurais plutôt fait un parallèle avec le plus grand des pays industrialisés, le numéro uno, les États-Unis où le système de radiodiffusion publique ne se mêle pas de marcher sur les plates-bandes des diffuseurs privés puisqu’il n’en n’a absolument pas les moyens, ni le mandat. Près de la moitié du budget total de 3 milliards de dollars de la radio et de la télévision publiques provient directement des poches des citoyens et des entreprises américaines qui veulent bien y contribuer par des donations.

Certains arguments par contre méritent d’être conservés. Celui du lien entre l’acquisition par Radio-Canada de séries américaines comme Beautés désespérées et le fait que celles-ci sont « sans retombées économiques ou culturelles locales », par exemple. C’est irréfutable, les aventures de ces beautés hollywoodiennes ne procurent aucun bénéfice direct à l’industrie culturelle locale, mais uniquement des profits pour le radiodiffuseur public qui s’empresse de les réinvestir dans des entreprises à haut risque, aux frais du contribuable. Par exemple: mettre à l’antenne des séries dramatiques comme Aveux  ou Belle-Baie, sans tenir compte du peu d’expérience en écriture télévisuelle des auteurs ou encore du fait que la production se fait à l’extérieur du Québec.

Mort d’un réseau public

Pendant ce temps, le réseau de télévision SCN va fermer ses portes en mai.

SCN c’est le Saskatchewan Communications Network, le réseau de télévision éducative public de la Saskatchewan.  Petit dernier des réseaux de télévision éducative provinciaux (naissance en 1991), SCN n’a pas l’envergure d’un Télé-Québec ou d’un TFO, avec son tout petit budget d’opération de huit millions de dollars par année. Sa disparition ne créera pas un grand vide dans le paysage télévisuel.

« SCN provided many important services and we are ensuring those continue, » Tourism, Parks, Culture and Sport Minister Dustin Duncan said. « The broadcast industry has changed drastically since SCN was created nearly 20 years ago. This was long before things like the internet and specialty channels were prevalent in our society. In addition, SCN’s viewership is quite low, and we feel that there is no longer a role for government in the broadcast business. »

Pierre Karl Péladeau devrait s’inspirer du gouvernement de la Saskatchewan. C’est tout simple, il fallait y penser, there is no longer a role for government in the broadcast business.

Au prochain billet, on se demandera pourquoi il y en avait un in the first place.

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