Qui a peur de la complexité?

Constatée récemment dans les médias, une forme de backlash contre ce qui constitue la trame de nos vies modernes: l’abondance de choix, d’information, de biens de consommation, de moyens de communication,  de technologie, abondance qu’on associe à la complexité.

Voir quelques articles récents à ce sujet:

Du blogue de Marie-Claude Ducas, rédactrice-en-chef d’Infopresse: Complexité et embarras du choix: le backlash et sa suite, La soif de simplicité, dans les médias aussi… De Nathalie Collard, sur Cyberpresse: Êtes-vous adepte du Slow Media?

Marie-Claude Ducas mentionne dans son premier billet un livre, The Paradox of Choice: Why More is Less, de Barry Schwartz, un psychologue américain, dont la thèse, très grossièrement résumée serait : trop de choix tue le choix (Pour paraphraser une chronique de Fabien Deglise  sur le même sujet à une émission de la radio de Radio-Canada.)

Pour illustrer sa thèse, Barry Schwartz utilise l’exemple de l’expérience menée par la psychologue  Sheena Iyengar, qui avait installé dans un supermarché une table de dégustation de confitures où, dans un premier temps, le choix était limité à six saveurs et, dans un deuxième temps, à 24. Résultat: 30% des consommateurs présentés avec le plus petit choix ont acheté la confiture, tandis que seulement 3% de ceux confrontés à la grande diversité en achetaient.

L’article de Nathalie Collard, s’il ne parle pas tout à fait du même phénomène, est tout de même une illutration de la complexité de nos rapports avec les moyens de communication modernes.

Pour ma part, j’aime la complexité et je suis à l’aise dans le chaos (comme pourrait en témoigner ma soeur, chaque fois qu’elle vient chez moi, là-où-une-chatte-en-perdrait-ses-petits).

Parce que j’aime la complexité et que je n’aime pas la voir ainsi villipendée, j’en ai cherché une définition pas trop simpliste. Je l’ai trouvée dans un livre intitulé « Comprendre la complexité – Introduction à la méthode d’Edgard Morin » par Robin Fortin (Presses de l’Université Laval, 2005):

La complexité est cette reconnaissance que tout ce qui nous entoure, des étoiles à l’homme, est toujours multidimensionnel, enchevêtré, diversifié. Le mot complexe est tiré du latin complexus et complecti qui veulent dire « ce qui est tissé ensemble » (complexus) ou ce qui contient des éléments différents (complecti).

C’est justement ce qui est fascinant dans la complexité, la possibilité de découvrir tant d’éléments différents tissés ensemble. Et n’est-ce pas ce qui fait la beauté du web?

Lu dans The New York Times Book Review du 18 avril, une critique d’un nouveau livre de la psychologue mentionnée au début, Sheena Iyengar: « The Art of choosing ».  Son expérience des confitures lui a échappé et est devenue une sorte de rumeur urbaine (que des personnes n’en connaissant par l’origine lui ont d’ailleurs souvent racontée!) et elle revient sur la version simplifiée qui flotte dans l’espace public : “From the various versions people have heard and passed on,” she adds, “a refrain has emerged: More is less. That is, more choice leads to less satisfaction or fulfillment or happiness.”More choice is not always better (…) but neither is less. (…) In pratice, people can cope with larger assortments than research on our basic cognitive limitations might suggest. After all, visiting the cereal aisle doesn’t usually give shoppers a nervous breakdown. »

La critique du livre en fait la synthèse ainsi:

Human beings, Iyengar suggests, are born to choose. But human beings are also born to create meaning. Choice and meaning are intertwined. We use choice to define our identities, and our choices are determined by the meanings we give them, from advertising-driven associations to personal relationships and philosophical commitments. Some meanings we can articulate, while others remain beyond words. “Science can assist us in becoming more skillful choosers,” Iyengar cautions, “but at its core, choice remains an art.”

Et c’est tout un art. Ainsi, j’ai choisi d’aborder la complexité sous l’angle de l’enchevêtrement de l’information (le message est dans les connections), plutôt que d’aborder un tout autre aspect, celui de la complexité des systèmes et de leur inévitable effondrement en raison même de cette complexité. Clay Shirky en fait une démonstration dans un billet où il explique comment l’industrie de la production audiovisuelle américaine, un écosystème industriel extrêmement complexe,  est condamnée à s’effondrer parce qu’il lui est impossible de revenir à la simplicité qui est l’apanage des modes de production actuels sur le web. (voir « L’effondrement des modèles économiques complexes » par Xavier de la Porte de France Culture pour une très bonne lecture en français de l’article de Clay Shirky.)

Bref, ce n’est pas simple.

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