économie numérique, culture, divers, financement du contenu

Streaming, Change, And The Right State Of Mind

Pas assez de temps pour écrire sur mon blogue depuis quelque temps auront constaté mes lecteurs fidèles. Je vais tout de même utiliser cette plateforme pour « rebogger » des billets intéressants.

Ici, celui d’un observateur aguerri de l’industrie de la musique au sujet du streaming, un phénomène qui est en train de transformer la consommation de la musique en ligne.

Music Industry Blog

Disruptive technology and the change it brings can be overwhelming, particularly when it threatens to change forever all that we have known. Streaming clearly fits this bill. But the impact of change is as much in the eye of the beholder as the disruption itself. While it would be bland and disingenuous to say that change is merely a state of mind, a positive outlook that is focused on the opportunities can make the world of difference.

To illustrate the point, here are three examples from the last century of how vested interests have viewed revolutionary new media technology.

1-ebwhiteThis first quote is from the American author and essayist EB White writing in 1933 on the impact of radio. Here new technology is eloquently portrayed with an almost magical profundity.

2-sarnoffThis quote is from David Sarnoff, the Belorussian-American radio and TV pioneer who oversaw the birth of RCA and NBC. Here…

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contenu, culture, télévision

Avenir de la télévision: les pièces du puzzle

Mon dernier article sur le blogue Écran de veille du Fonds des médias du Canada a été inspiré en partie par un livre français, Permanence de la télévision, un recueil de textes qui démontrent que la télévision est avant tout l’expression d’un désir humain:

(…) la télévision est fondée sur un désir d’ubiquité, d’omniscience, qui se rencontre déjà dans le mythe de l’anneau de Gygès, rapport par Platon, qui permet à celui qui le porte de devenir invisible pour tous, tout en gardant la faculté de voir et d’entendre ce qui se passe autour de lui. (…) admettons donc que la télévision, dans son origine de « vision à distance », fait partie des désirs intangibles de l’être humain…

Intéressant. Finalement, la technologie n’est qu’un accessoire. La télévision est en train de devenir un mot générique pour désigner ce désir, quels que soient les formes et  les canaux de distribution que son expression emprunte.

Et les formes que prendra la technologie dans l’avenir sont déjà là, il suffit d’assembler le casse-tête.

Interrogé par le journaliste Thibault Henneton de l’excellente émission de France Culture « La Place de la Toile » sur le secret de sa faculté à prédire le futur, Chris Anderson (l’auteur de The Long Tail) se défend d’être un devin en citant l’auteur de science-fiction William Gibson :

Le futur est déjà là – seulement, il n’est pas encore distribué uniformément. » (The Future Has Arrived — It’s Just Not Evenly Distributed Yet.)

MIT_couvertureEn 2001, la MIT Technology consacrait un article de fond à l’avenir de la télévision (ce que la revue fait à peu près tous les dix ans).  La conclusion de l’article procède du même raisonnement que la phrase de Gibson:

Stay tuned. Much of the broadcast, reception and display technology needed to let you see whatever show you want, whenever you want, on whatever screen you want, exists. The pieces just have to be improved and linked together in the right way.

Le mot de la fin, l’une des autres pièces du puzzle, revient au grand gourou, Marshall McLuhan:

La télévision ne sera pas comprise avant d’être dépassée par un nouveau média. Quand survient la désuétude, tout média devient une forme d’art, et c’est à ce moment-là qu’il est possible de s’en servir. Le média cinéma et le média photographie sont mieux compris depuis l’apparition de la télévision. » [Jean PARÉ. Conversations avec McLuhan, 1966-1973. Éditions du Boréal]

économie numérique, contenu, culture, le sens de la vie numérique, télévision

Sous-titres et culture distincte

Tel que promis dans mon dernier billet, j’ai épluché le très volumineux, très complet et très documenté rapport « Rapport Lescure » (sur les contenus numériques et la politique culturelle à l’ère du numérique – commande du président de la France).

Je vais en livrer les éléments les plus intéressants pour notre contexte nord-américain par volets thématiques.

Volet d’aujourd’hui: contenu vidéo en ligne et le sous-titrage. En France, on est pressés d’avoir accès aux émissions américaines et le sous-titrage est une solution plus rapide que le doublage. D’abord le fait de « sous-titreurs pirates » qui sous-titrent de façon très organisée, manière crowdsourcing, dans plusieurs langues,  la pratique  est devenue courante chez les diffuseurs légaux français (TF1, M6 et Orange) qui mettent en ligne des versions sous-titrées des émissions américaines dès le lendemain de leur diffusion originale aux USA. Le rapport soutient « ces différentes initiatives et appelle à poursuivre les efforts pour améliorer la disponibilité des séries étrangères en ligne le plus tôt possible après leur diffusion ».

Autre pays, autres moeurs… Ici au Québec le contenu américain, qu’il soit doublé ou sous-titré, n’est pas si ardemment désiré.

En effet, depuis aussi longtemps que les palmarès sur l’écoute des émissions de télévision existent, les Canadiens francophones se distinguent des Canadiens anglophones par leur adhésion sans failles au contenu audiovisuel fabriqué ici, comme en témoigne le palmarès de la semaine dernière. Que des productions d’ici dans les 10 premières émissions. Quelques contenus américains se faufilent ici et là, mais ce sont des exceptions. Il y a également quelques concepts étrangers (Dieu merci!, Le Banquier, etc.), mais ça demeure des émissions profondément québécoises.

BBM_télévision

Netflix, ce grand méchant Joueur étranger qui a été abondamment brandi comme un épouvantail pendant l’audience portant sur la transaction Bell/Astral (« Bell et Astral plaident la menace Netflix« ) ne compte que 5% d’abonnés francophones, contre 20% d’anglophones, et la raison principale, selon tous les observateurs, serait la faiblesse du contenu en français sur le service de vidéo sur demande en ligne.

Netflix ambitionne de devenir, à terme, un leader global, tout en reconnaissant que cela prendra du temps. ( « We would be stronger being the leader in a few markets than one of the herd in many markets. Of course, our ambition is to be the leader in many markets, but that will take us some time. » Netflix long term view )

Netflix a les moyens de ses ambitions et peut prendre le temps d’ébranler cette fameuse barrière de la langue qui protège le contenu culturel d’ici. Sa dernière tactique en ce sens? La série « Arrested Development », une nouvelle série mise en ligne le 26 mai et avec laquelle le service espère faire le plein d’abonnés, est offerte avec sous-titres français. Les deux séries originales produites par Netflix,  « House of Cards » et « Hemlock Grove » sont offertes avec sous-titres ou version audio en « français canadien ».

La barrière de la langue ne peut pas à elle seule expliquer notre résistance face à l’invasion étrangère (en tout cas pour le contenu télévisuel, pour la musique c’est une autre histoire).  Après tout, le taux de bilinguisme de la population augmente, les jeunes sont très friands de culture américaine, et autour de moi il me semble qu’on ne parle que de Game of Thrones ou Walking Dead – séries pas disponibles en français ici.

L’attachement pour la production audiovisuelle d’ici relève davantage que de la seule question de la langue. Il est basé sur l’histoire de notre télévision, bâtie sur une culture distincte et surtout développée par une institution, la télévision publique,  qui a eu les moyens d’imposer une certaine idée de la qualité que les autres n’ont eu d’autre choix que d’émuler.

En regardant ce passé, je trouve particulièrement désolant que nos gouvernements n’aient pas encore de plan numérique, ou au minimum une stratégie numérique qui reconnaisse le caractère absolument « disruptif » pour l’identité culturelle de la révolution numérique.

économie numérique, CRTC, culture, le sens de la vie numérique, nouvelles

Contenu numérique et abeilles : même combat

La semaine dernière, Pierre Lescure, ancien patron de Canal+, remettait son rapport « Contributions aux politiques culturelles à l’ère numérique » au président de la France (on trouve le rapport ici). Description par Le Monde de l’un des éléments controversés du rapport:

Pour la mission, la contribution des opérateurs de télécommunications au financement de la culture n’est pas contestable dans son principe. Depuis 2008, ils sont assujettis à une taxe (TST-D) lorsqu’ils distribuent des services de télévision, qui alimente le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) mais ils en ont contesté le principe devant la justice européenne. M. Lescure propose de substituer à la TST-D une taxe assise sur l’ensemble du chiffre d’affaires des opérateurs de télécommunication. Le produit de cette taxe serait affecté à un compte de soutien à la transition numérique des industries culturelles.

L’an dernier j’avais rédigé un billet pour le blogue de Mixmedia Montréal (j’ai déjà parlé de cet événement ici) qui parlait de cette idée de taxer les fournisseurs de services pour financer le contenu. Je trouve qu’il est encore d’actualité.

Je le reproduis ici – en l’éditant un peu. Pour l’article original, on peut aller ici.

Contenu sur le web: faisons payer les FSI

L’argument des créateurs de contenu en faveur de la taxation des fournisseurs d’accès et de services, serait, pour simplifier : nos contenus contribuent à votre richesse, il est normal que vous nous en redistribuiez un peu. Ou, pour en revenir aux sources d’externalité positives, c’est un peu comme si l’abeille réclamait sa part des profits de l’apiculteur, ou si l’arboriculteur, qui a mis sur le chemin des abeilles des arbres qui ont permis d’améliorer la qualité de leur miel, le faisait également.

Abeille_CoolL’idée de demander une redevance aux FSI pour financer les contenus audiovisuels distribués par internet a été soumise au CRTC en 2009  par des associations de producteurs, d’artisans et de créateurs, dans le cadre d’une consultation sur la radiodiffusion par ce qu’on appelait encore à l’époque les « nouveaux » médias.

Le CRTC avait alors décidé qu’il était prématuré de mettre en place des mécanismes de soutien à la diffusion d’un contenu canadien de radiodiffusion par les nouveaux médias, d’autant plus qu’il n’était pas possible de baliser cette diffusion (c’est-à-dire mesurer – le Conseil s’est rapidement aperçu que vouloir mesurer le contenu canadien sur l’internet revenait à essayer de mesurer les gouttes d’eau en provenance de cours d’eau canadiens dans l’océan…)

Pour que le Conseil puisse avoir juridiction sur les FSI dans le cadre juridique et réglementaire actuel,  il aurait fallu que ceux-ci soient reconnus comme des « entreprises de radiodiffusion », qui, en tant que partie intégrante du système de radiodiffusion canadien, sont tenus de contribuer à son développement. Le Conseil a décidé de ne pas décider… et, sans doute pour démontrer les limites de ses pouvoirs et la vétusté de la Loi sur la radiodiffusion (le président de l’époque a milité pour une refonte de celle-ci), a demandé au pouvoir législatif de prendre position. Il a donc renvoyé la question devant la Cour d’appel fédérale : est-ce que les FSI sont des entreprises de radiodiffusion ?

La Cour d’appel a répondu : non. Non, parce que les FSI n’ont pas de contrôle sur le contenu qu’ils transmettent.

Les groupes culturels ont fait appel devant la Cour suprême qui a tranché très rapidement : la Cour d’appel avait raison,  « Dans leur rôle de fournisseurs d’« accès à la “radiodiffusion” au moyen d’Internet », les FSI ne sélectionnent ni ne sont à l’origine de la programmation, pas plus qu’ils ne regroupent ou n’offrent de services de programmation. »

(Cela dit, si la réponse avait été affirmative, la question des redevances était loin d’être réglée. Les FSI auraient alors relevé de l’ordonnance d’exemption des nouveaux médias, ordonnance qui les exempte des obligations des autres composantes du système. En outre, reconnaître leur contrôle sur le contenu transmis aurait ouvert la boîte de Pandore de leur responsabilité face à ce contenu.)

On le voit, l’argumentation en faveur de la redevance, basée sur la théorie économique des sources d’externalité positives –  on contribue à votre richesse, c’est normal que vous nous en retourniez un peu – se bute, chez nous du moins, à un parcours semé d’embûches législatives et réglementaires.

On vit une période de transition caractérisée par une évidence : au plan législatif et réglementaire on utilise des outils du 20e siècle très peu adaptés à l’environnement culturel, technologique et économique qui se met en place au 21e siècle.

À venir, une synthèse/analyse du rapport Lescure surtout dans la perspective d’aller y chercher les constats qui me semblent pertinents et les bonnes idées qu’on devrait importer.

économie numérique, culture, le sens des données

Quand l’accès coûte plus cher que le produit, qui engrange?

occqAu Québec on dépense davantage pour accéder à la culture que pour la culture elle-même. À qui profite cette tendance, aux créateurs ou à ceux qui contrôlent l’accès aux canaux de distribution?

En mai 2012, l’Observatoire de la culture et des communications du Québec publiait dans son bulletin Optique culture portant sur « L’évolution des dépenses culturelles des ménages québécois, de 1997 à 2009″ le constat suivant: « De manière générale, les ménages québécois dépensent de moins en moins en produits culturels, mais de plus en plus en accès à ces produits.»

La  part consacrée aux produits culturels est passée de 57% en 1997 à 39% en 2009, tandis que celle consacrée aux « produits d’accès aux produits culturels » (équipements électroniques, services de téléphonie cellulaire, services internet, etc.) est passée de 34% à 55%. L’OCCQ inclut les frais de télédistribution (câble et satellite) dans les produits culturels parce qu’ils sont à la fois un produit d’accès et un produit culturel  (consacrés uniquement à la consommation d’émissions de télévision).

Mais l’OCCQ souligne que si les frais de télédistribution étaient plutôt envoyés dans la colonne « produit d’accès aux produits culturels », la part des dépenses en produits culturels serait passée de 41,0 % à 21,2 %, de 1997 à 2009.

Les données les la plus éloquentes de ce tableau: les dépenses consacrées aux services internet et aux services de téléphonie cellulaire. Ces dépenses  sont classées comme des « produits non destinés à la consommation culturelle mais qui peuvent être utilisés à cette fin ».  Ce sont les dépenses de cette sous-catégorie qui sont responsables du renversement de la tendance: leur part est passée de 18% à 38% entre 1997 et 2009.

Image vedette: 
Machine, chèque
1919, 20e siècle
25.5 x 12.8 x 19.2 cm
Don de Mrs. F. R. Terroux
M976.156
© Musée McCord
culture, le sens du travail, mandats, musique numérique

Le sens du travail: le projet TGiT

logo_TGiTLa Musique en ligne n’est que Bruit, si elle est privée des informations qui la décrivent…

Le projet TGiT consiste à créer un environnement logiciel d’indexation et de stockage des métadonnées musicales, qui permettra progressivement l’atteinte de standards ouverts mondiaux, en se fondant sur la participation des artistes et des acteurs du milieu. Le projet TGiT est innovateur à la fois sur les plans conceptuel et technologique.

En musique, les métadonnées sont constituées des informations attachées à un enregistrement sonore : les codes alphanumériques permettant l’identification des œuvres et des enregistrements, des zones texte nécessaires à l’identification de tous les ayants droit, le nom de l’album, l’année de production, et également  toute autre donnée jugée pertinente comme les paroles, des photos, le tempo, le genre, etc.

Les métadonnées sont actuellement très peu et très mal exploitées dans la chaîne de valeur de la musique numérique. Au Québec, l’exercice de codification des champs d’information est très mal assumé par l’industrie ou les ayants droit, pour diverses raisons historiques et structurelles. Au premier chef : le manque de ressources pour assumer l’entièreté et la complexité des opérations nécessaires. On peut également pointer le manque d’intérêt des majors pour les produits locaux et une méconnaissance de leur importance névralgique

La recherche sur laquelle se fonde le projet TGiT a été réalisée dans le cadre des études de maîtrise de Jean-Robert en mobilisation des connaissances au programme de Pratiques de recherche et action publique du Centre Urbanisation Culture Société de l’Institut national de la recherche scientifique (INRS), à Montréal. Sa réflexion et sa recherche ont été alimentées par de nombreux échanges avec les communautés musicale et informatique et son expérience : Jean-Robert a fait partie du Comité directeur du chantier Option-Culture Virage Numérique, où il était coprésident du Comité thématique sur la mise en marché. Il a participé à la concertation du secteur de la chanson et au Sommet @LON proposés par le CALQ. Il a participé aux discussions du groupe indépendant musiQCnumeriQC.  Il a siégé au CA de Musicaction, de l’Association canadienne des auteurs et compositeurs (SAC) et est actuellement membre du CA de la SOCAN. Entre autres…

Je vous invite à prendre connaissance du projet plus en détail en visitant le site TAGTAMUSIQUE.COM.

culture, le sens du travail, musique numérique

Le 4 février dernier, je participais à l’atelier « La chanson québécoise à l’ère numérique » dans le cadre du Forum sur la chanson québécoise : La chanson québécoise en mutation organisé par le Conseil des arts et lettres du Québec .

tweet_forum_CALQ
Fil twitter autour de ma présentation

Le titre de ma présentation, « Le rôle des médias dans la découverte de la chanson, de la radio des hits parades à l’émergence personnalisée dans le flux des plateformes numériques » était plutôt alambiqué. Je m’en suis excusée avec une pirouette en prétendant que c’était ma façon de souligner la complexité du nouveau monde dans lequel évolue la musique.

Mon propos: il n’y a pas si longtemps,  hier en fait, le développement de  l’industrie de la chanson dépendait principalement des mesures réglementaires du CRTC et de programmes de subventions gouvernementaux – et la radio occupait un rôle central dans cette dynamique. Le CRTC a veillé au maintien de ce rôle en imposant des quotas de chanson francophone à l’antenne des radios commerciales francophones.

Mais aujourd’hui, la chanson a perdu son support physique, et ainsi perdu la source de revenus associée à la vente de cet objet, tandis que la nouvelle génération de consommateurs de musique écouteraient de moins en moins la radio.

À l’ère numérique, l’ère de l’atomisation des contenus, de la destruction de leur cohésion, la chanson, absorbée dans l’hyperfluidité de l’ère numérique, doit absolument s’adapter à cette nouvelle réalité.

Si le sujet vous intéresse, vous pouvez accéder au texte complet de ma présentation ici. Ou encore, prendre connaissance d’un portrait très complet des enjeux qui confrontent la chanson québécoise aujourd’hui rédigé par le journaliste Philippe Renaud.

culture, le sens du travail, télévision

Le sens du travail: tant qu’il y aura des sofas … et des familles

Rédigée récemment pour le blogue de veille stratégique du Fonds des médias du Canada, une synthèse de l’étude « Et les enfants dans tout ça ?  Les familles canadiennes et la télévision à l’ère numérique» réalisée par le Groupe de recherche sur les jeunes et les médias du département de communication de l’Université de Montréal (GRJM)

Quelques réflexions autour de cette étude:

En 2006, un article sur le jeu vidéo les Sims publié dans le New York Times avait attiré mon attention à cause de cette déclaration d’une fillette:

 I like Sims more than other games, and Sims is way more fun than TV because TV gets so boring — you just stare at a screen and watch and watch and watch, » Francesca said in her (real) airy playroom as she tinkered with the layout of the new (imaginary) home office she was designing on the monitor connected to her Dell computer. « But in The Sims you make your own characters and give them a personality and give them stuff and build their houses and make them live. 

À l’époque, j’avais cru y voir l’amorce d’une transformation dans les habitudes de consommation des médias par les enfants: de la consommation passive de la télévision (you just watch and watch and watch) à la consommation active de jeux vidéos où l’enfant est le scénariste.

Sept ans plus tard, les enfants sont toujours d’avides téléphages. D’après l’étude du GRJM, qui a analysé plus de 150 heures de contenu télévisuel pour enfants et interrogé, chez eux et dans le cadre de groupes de discussion, des enfants, des adolescents et des parents, on peut confirmer que l’annonce de la mort de la télévision est prématurée, en tout cas pour les familles canadiennes composées de préadolescents, où elle continue à occuper un rôle central.

En télévision, le contenu est vraiment roi

Pour les auteurs de l’étude, ce média pas comme les autres  maintiendra sa domination sur les nouvelles plateformes et technologies tant et aussi longtemps qu’il continuera d’offrir un contenu qui favorise les interactions sociales au sein des familles, les divertit et les amène à échanger au sujet de leurs préoccupations.

En 2010, la revue The Economist publiait un dossier spécial sur la télévision («Changing the channel») qui faisait le même constat et l’expliquait ainsi : les humains, ces animaux sociaux, ont toujours besoin de vivre des activités en groupe et la famille est encore la communauté dans laquelle vivent la plupart des gens.

Plus récemment, un livre blanc publié par la firme Eurodata TV Worldwide dans le cadre du Mipjunior 2012, International Kids’ TV Trends, confirmait que l’internet, les nouvelles technologies et les jeux vidéo n’ont pas réussi à détourner les enfants du petit écran :  l’écoute quotidienne de la télévision par les enfants européens a augmenté de neuf minutes depuis 2008, de cinq minutes aux États-Unis en 2011 et se maintient à trois heures et cinq minutes au Canada anglais.

La télévision demain : toujours vivante, mais complètement métamorphosée

Si on prend en considération la progression des technologies de communication depuis une centaine d’années –  de la radio qui a mis 38 années pour atteindre 50 millions d’auditeurs à l’internet  qui en a mis quatre pour atteindre le même nombre d’usagers –  il y a lieu de mettre en doute l’avenir de la télévision linéaire telle qu’on la connaît aujourd’hui. On retrouve quelques indicateurs de cette future transformation, dans l’étude du GRJM, par exemple, qui signale le succès des enregistreurs vidéo personnels (EVP), en particulier auprès des familles plus « interventionnistes » en termes de contenu télévisuel. Ou encore dans le rapport « L’ABC de la télévision branchée », un des projets de recherche auxquels a participé le FMC, qui estime que « ce n’est qu’une simple question de temps avant que les téléviseurs connectés ne soient adoptés par l’ensemble des téléspectateurs (…)  on aura vendu 350 millions de téléviseurs connectés dans le monde en 2015,  (…) plus de 70 modèles de téléviseurs connectés sont actuellement commercialisés sur le marché. »

Quel impact aura cette « télé branchée » sur les pratiques d’écoute des familles canadiennes dans l’avenir ? Comment cette télévision dotée de fonctionnalités inédites : interactivité unidirectionnelle et bidirectionnelle, accroissement de l’offre et fonctions de personnalisation, d’évaluation et de référencement des contenus s’insérera-t-elle dans la dynamique des interactions familiales ? Difficile à prédire, mais une chose est certaine, l’expérience télévisuelle continuera de se transformer et demeurera au coeur de la vie des familles tant qu’elle permettra à celles-ci de s’empiler sur le sofa, pour le plaisir de regarder la télévision, mais surtout pour le bonheur de passer du temps en famille, comme l’a déclaré un des participants à l’étude.

accès, culture, le sens de la vie numérique, technologie, web

L’accès est roi

Au Québec on dépense davantage pour accéder à la culture que pour la culture elle-même. À qui profite cette tendance, aux créateurs ou à ceux qui contrôlent l’accès aux canaux de distribution?

En mai dernier l’Observatoire de la culture et des communications du Québec publiait dans son bulletin Optique culture portant sur « L’évolution des dépenses culturelles des ménages québécois, de 1997 à 2009 » le constat suivant: « De manière générale, les ménages québécois dépensent de moins en moins en produits culturels, mais de plus en plus en accès à ces produits. »

La  part consacrée aux produits culturels est passée de 57% en 1997 à 39% en 2009, tandis que celle consacrée aux « produits d’accès aux produits culturels » (équipements électroniques, services de téléphonie cellulaire, services internet, etc.) est passée de 34% à 55%. L’OCCQ inclut les frais de télédistribution (câble et satellite) dans les produits culturels parce qu’ils sont à la fois un produit d’accès et un produit culturel  (consacrés uniquement à la consommation d’émissions de télévision).

Mais l’OCCQ souligne que si les frais de télédistribution étaient plutôt envoyés dans la colonne « produit d’accès aux produits culturels », la part des dépenses en produits culturels serait passée de 41,0 % à 21,2 %, de 1997 à 2009.

Les données les la plus éloquentes de ce tableau, à mon avis, sont les dépenses consacrées aux services internet et aux services de téléphonie cellulaire qui sont classés comme des « produits non destinés à la consommation culturelle mais qui peuvent être utilisés à cette fin ».  Ce sont les dépenses de cette sous-catégorie qui sont responsables du renversement de la tendance: leur part est passée de 18% à 38% entre 1997 et 2009.

Récemment, le New York Times rapportait l’histoire d’une jeune stagiaire du réseau NPR (la radio publique américaine) qui avait écrit sur le blogue de NPR qu’elle possédait une discothèque d’au moins 11 000 titres, mais qu’elle avait payé pour tout au plus 15 albums dans sa vie. Cet article a déclenché des discussions enflammées sur les considérations morales autour du fait de priver des artistes de la juste rémunération pour leur travail.

Mais il y a surtout dans l’article de la jeune stagiaire une déclaration sur laquelle il vaut vraiment la peine de s’arrêter:

But I honestly don’t think my peers and I will ever pay for albums. I do think we will pay for convenience.

Avant la dématérialisation des supports, on payait pour la possession du produit physique (un disque, un journal, un livre), aujourd’hui on paye pour l’accès, que ce soit via un abonnement à un service internet, un service de téléphonie cellulaire ou encore un abonnement à un agrégateur.

La rémunération des contenus a migré de l’acquisition d’un support physique à l’acquisition de l’accès au produit. Mais encore faut-il que le contenu ait accès, justement, aux canaux de distribution.

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Le contenu est roi? Question de point de vue.

Publié cette semaine sur le blogue de MIXMÉDIAS Montréal (très bientôt à Montréal, conférenciers fabuleux, il est encore temps de s’inscrire), une réflexion autour du thème de cette conférence: le contenu.

Le contenu ce grand méconnu, qui est parfois roi, parfois sujet, qui emprunte toutes les formes maintenant qu’il coule sur le web dans un flot d’hyperliens, d’images, de vidéos, de conversations, de tweets et retweets, de hashtags, de like ou pas, et qu’il est mis en boîte, dans toutes sortes de boîtes, ouvertes, enveloppées, barricadées, emmurées.

Au-delà de la poésie, il y a une réalité économique: ce sont ceux qui exploitent le contenu, pas les créateurs et producteurs, qui empochent. C’est ce rapport de force qui est à la base du débat en cours au sujet des droits d’auteur. Dans le carré obèse, les tenants de l’assouplissement des règles, naturellement.