économie numérique, contenu, transmédia

Flux transmédia

Quelqu’un m’a demandé récemment si je connaissais le transmédia et j’ai dû avouer ma relative ignorance.

C’est un peu pour cette raison que j’ai exploré cet univers pour mon dernier billet sur le blogue Écran de veille du Fonds des médias du Canada. Le terme ne signifiait pas grand-chose pour moi, sinon l’évocation d’un truc qui nous force à « participer » pour se faire raconter une histoire. Un peu comme les livres dont-vous-êtes-le-héros où il faut travailler (faire des choix) pour faire avancer l’histoire. Et moi j’aime mieux me laisser conduire par une histoire que d’être forcée à faire des choix à chaque étape.

Mon billet ne fait qu’évoquer le transmédia, il porte davantage sur l’économie de l’attention, mais en filigrane, c’est du transmédia et de son influence sur l’industrie des médias dont il est question.

Frappée par cette note dans le communiqué d’Ici Radio-Canada Télévision (le changement est bon… ne résistons pas au progrès…) qui présente la nouvelle saison:

Chaque émission offrira une valeur ajoutée aux téléspectateurs par le biais de son site, que ce soit par des expériences simultanées offertes sur le web, le mobile et la tablette, des applications spécialement créées, des jeux, des fiches, des webséries interactives, des conversations dans les médias sociaux ou encore des votes en direct.

j’ai orienté ma recherche sur le thème de « la télévision d’aujourd’hui: jamais sans mon internet! »

Et ce qui frappe dans cette invasion de l’internet dans le monde des médias, c’est l’interpénétration des médias entre eux. L’interpénétration, selon le Petit Robert, c’est l’action réciproque de s’introduire dans un lieu, de pénétrer dans un territoire. Ça me semble plus approprié que de parler de convergence: chaque média investit le territoire de l’autre maintenant. Les journaux programment des contenus vidéos, les télévisions produisent quantité de textes écrits et tout le monde s’approprie un espace sur les médias sociaux.

Mais, pour en revenir au transmédia, j’ai trouvé un livre très intéressant à ce sujet: Convergence Culture, Where Old and New Media Collide de Henry Jenkins, le fondateur et directeur du programme Comparative Media Studies du MIT. Sa définition du phénomène:

A transmedia story unfolds across multiple media platforms, with each new text making a distinctive and valuable contribution to the whole. In the ideal form of transmedia storytelling, each medium does what it does best – so that a story might be introduced in a film, expanded through television, novels and comics, its world might be explored through game play or experienced as an amusement park extension.

L’auteur décrit avec force détails en quoi la trilogie « The Matrix » est l’exemple par excellence du transmédia à l’ère numérique. Les films, qui sont la pièce maîtresse de l’histoire, ne peuvent être pleinement appréciés que si on consomme les autres éléments de ce puzzle. Il explique même l’échec relatif auprès de la critique du troisième volet par le fait qu’il fallait connaître les autres éléments médiatiques pour bien démêler l’histoire et apprécier l’oeuvre.

Selon cette définition, le transmédia pourrait se passer de l’internet à la limite.  Mais grâce à l’internet, le transmédia devient la nouvelle norme de nos modes de communication – qu’il s’agisse de raconter des histoires vraies ou inventées, de faire connaître une information, une nouvelle, un événement ou de converser entre nous. Transmédia comme dans trans, préfixe latin qui signifie « par-delà », « au-delà de », « à travers » et marque le passage ou le changement – et média, moyen de diffusion, de distribution ou de transmission de signaux porteurs de messages.

Il va maintenant falloir travailler pour nos histoires. Mais les « enfants du numérique »,  selon les auteurs du livre « L’âge de la multitude: entreprendre et gouverner après la révolution numérique » (dont mon ami Jean-Robert Bisaillon fait une très bonne synthèse ici), n’en attendent pas moins de leur expérience média parce que:

  • ils aiment créer
  • ils vivent une aventure collective
  • ils ne respectent plus les institutions
  • il sont difficiles à interrompre
  • ils sont exigeants et impatients
  • et ils aiment surfer sur un flux

Tout devient affaire de flux, disent-ils.

Laissez-vous emporter.

CRTC, Internet, télévision, technologie, web

Apparition spectrale …

La route des hyperliens sur Google est jalonnée de détours inattendus.   Ainsi, en épluchant le « Rapport de surveillance des communications » du CRTC afin d’essayer d’apercevoir l’avenir des communications, j’ai suivi un itinéraire où est apparue l’image de fantôme ci-dessous…

D’un rapport aride du CRTC à une image de fantôme, en quelques clics, la magie du web!

Vous ne voyez pas le fantôme? Ce n’est pas grave, moi non plus! Mais la dame qui a envoyé la photographie au site About.com: paranormal phenomena est convaincue qu’il s’agit de la tête d’un homme avec une casquette qui s’est révélée sur sa photo après qu’elle l’ait prise.

 

Comment un aride rapport du CRTC a-t-il pu mener sur cette piste? Suivez le guide.

Le rapport indique que l’industrie des communications, dans son ensemble, a connu une hausse de ses revenus de 2,1% par rapport à 2008, malgré la récession et la baisse des revenus publicitaires de la télévision traditionnelle (décroissance de 9% depuis 2005 pour la télévision de langue française).

Intéressant… j’explore donc les raisons de cette hausse. Première explication: augmentation des revenus des distributeurs de services de télévision de 7,4 %.  Dans un pays où le taux de pénétration de ces services atteint 90% des foyers, il y a fort à parier que les irréductibles non abonnés ne le seront jamais. Effectivement, il n’y a pas eu une hausse des abonnements équivalente mais plutôt une hausse des revenus par abonnés. La télévision numérique est arrivée à temps pour cette industrie qui ne veut pas partager ses revenus avec la télévision traditionnelle (mais ça c’est une autre histoire – voir mon billet sur la décision du CRTC).

Deuxième explication: augmentation des revenus des services spécialisés, payants, à la carte et sur demande de 6%. Cela est dû à l’augmentation du nombre de services, passé de 148 à 180 en quatre ans (CRTC – Relevés statistiques et  financiers 2005-2009).  Si on prend les 24 heures d’une journée, multipliées par les 30 quelques millions de Canadiens et Canadiennes, divisées par les 26,5 heures passées chaque semaine devant la télévision par la moyenne des patates (de sofa), qu’on jette dans l’équation la centaine d’adopteurs précoces, en file devant l’Apple Store de la rue Ste-Catherine à Montréal à 4 h 30 du matin pour obtenir le premier iPad… on obtiendra bientôt une offre de services de télévision canadiens qui excédera la demande.

Alors, où les quatre grandes entreprises canadiennes de communications intégrées (BCE, Telus, Rogers et Quebecor) trouveront-elles leurs profits dans les prochaines années?  Suivons l’argent: les revenus de l’industrie des communications se sont établis à 55,4 milliards $. 74% de ces revenus provenaient des télécommunications, soit 41 milliards $. En 2009, 41% des revenus des services de télécommunication provenaient des services sans fil.

Autre fait intéressant provenant d’un autre rapport du CRTC (Naviguer dans les eaux de la convergence – février 2010):

En 2008, 74,3 % des foyers canadiens étaient abonnés à des services sans fil55. Bien que la croissance des abonnements ait fléchi, celle des revenus de données demeure vigoureuse. Le revenu moyen par utilisateur (RMPU) est passé de 49 $ par mois pour les services sans fil en 2004 à 60 $ par mois en 2008. Les analystes font porter le crédit d’une grande partie de l’augmentation sur l’utilisation des données pour des services comme le courriel, l’envoi de messages texte, la navigation sur le Web et, de plus en plus, la livraison de contenu audio et audiovisuel.

Pour la livraison de contenu audiovisuel, les téléphones intelligents ont besoin de connexions à haut débit, les réseaux 3G et 4G par exemple.  En 2009, environ 55% de la population canadienne était abonnée à un service 3G.

Et sur quoi naviguent les connexions sans fil à haut débit?  Sur le spectre,  un espace conceptuel sur lequel est organisé et hiérarchisé le phénomène physique des ondes électromagnétiques. La plupart des états considèrent que le spectre est un bien public, une ressource nationale qui a l’avantage d’être inépuisable, mais pas illimitée. D’où la nécessité d’en confier la gestion à des organismes publics. Au Canada, cette responsabilité est exercée conjointement par le CRTC et Industrie Canada.

Est-ce que l’Eldorado de la communication de demain se trouvera dans la mobilité?  Une entreprise comme Rogers, par exemple, s’y prépare : elle contrôle du spectre dans toutes les plus importantes radiofréquences de communication.

Pour l’instant, je ne vois pas le spectre dans la photo, mais je vais continuer à regarder. 

CRTC, Internet, web

Neutralité du net: la gigue des plombiers

Les plombiers du net peuvent faire giguer les services et les applications flushés dans leurs tuyaux. Grâce à cette Pratique de gestion du trafic Internet (1) et autres PGTI, les fournisseurs de services Internet (FSI) exercent un contrôle sur le métaphorique flot du réseau.  Grâce aux avancées technologiques, les FSI peuvent gérer le trafic en modulant l’accès, ou même en le bloquant, à certaines applications, services ou abonnés.

Au nom de la neutralité du net,  certains voudraient les empêcher de détenir ce pouvoir. Même Peter Pan (et ses amis) s’en mêlent. À preuve, ce site où ils appellent à la lutte contre ces gros plombiers de telcos et cablecos.

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CRTC, télévision

Ceci n’est pas une autre opinion sur la décision du CRTC – ou peut-être que si après tout

Tout a été dit et son contraire sur la décision du CRTC de permettre aux télévisions généralistes privées de négocier une entente avec les entreprises de distribution par câble et par satellite afin d’établir une juste valeur pour la distribution de leurs émissions. Je n’ai certainement pas l’intention d’en rajouter.

J’ai plutôt envie de signaler la panoplie d’opinions émises au sujet de cette décision et de ses impacts. Nous avons Richard Martineau, le chroniqueur pas du tout influencé par les intérêts de son employeur principal, qui en profite pour railler la déception de Radio-Canada et réitérer qu’avec plus d’un milliard de dollars en subventions du gouvernement, Radio-Canada joue déjà dans les plates-bandes du privé.

Il y a l’opinion assez majoritairement exprimée par les éditorialistes : les consommateurs seront les grands perdants de cette décision. Voir « Décision du CRTC – arbitre  fantoche « de  Marie-Andrée Chouinard dans Le Devoir, pour une opinion « haut de gamme » ou, à l’autre bout du spectre, «  Voulez-vous payer plus cher pour la télé? de Robert Savard (auteur d’une chronique Opinions sur le portail Sympatico.ca) et les commentaires qui l’accompagnent (Pourquoi les consommateurs devra toujours payer pour des imcompétants (sic), des personnes qui n’ont rien d’autres à faire que d’augmenter à peu près tout ce qui se trouve encore abordable. Ma décision est prise, pas question que je paie + que maintenant..)

Le rapport « Conséquences et pertinence d’un système de compensation pour la valeur des signaux de télévision locale«  qui accompagne la décision,  explique comment le CRTC en est arrivé à croire qu’une augmentation de la facture du câble n’aurait pas un impact très important:

(…) tant les niveaux d’abonnés que les revenus d’abonnement moyens par abonné des EDR ont augmenté de façon constante depuis 2002. (…)  les revenus d’abonnement moyens par abonné (pour le service de base et les autres), [ont atteint] un taux de croissance composé de 5,6 %. Au cours de la même période, le nombre total d’abonnés à des services de télévision d’EDR a augmenté chaque année sauf en 2004, passant ainsi de 9,3 millions à 10,9 millions d’abonnés, pour une augmentation totale de 17,2 %.

Le Conseil note toutefois qu’il est assez difficile de prédire les réactions des consommateurs, dont la colère peut avoir été attisée par les campagnes très efficaces des distributeurs et des radiodiffuseurs.

À mon avis, cette question de l’abordabilité de la télévision sera de moins en moins signifiante. Tout ceci, ce n’est que la pointe de l’iceberg, si je peux me permettre d’abuser de cette image.

Le CRTC a publié en février dernier un rapport très intéressant qui est à peu près passé inaperçu dans la presse francophone à ma connaissance, « Naviguer dans les eaux de la convergence: tableau des changements au sein de l’industrie des communications canadiennes et des répercussions sur la réglementation. » 

Je recommande la lecture de ce rapport à quiconque veut tenter de comprendre la très grande complexité dans laquelle le monde des communications navigue aujourd’hui. Ou, à défaut de comprendre, d’en avoir un aperçu assez fascinant.